En bref

  • Transmettre sa résidence principale de son vivant se fait presque toujours en nue-propriété, avec réserve d’usufruit, pour continuer à l’occuper.
  • L’acte est obligatoirement notarié : toute donation immobilière ou avec réserve d’usufruit exige un acte notarié (art. 931 du Code civil).
  • La valeur fiscale de la nue-propriété dépend de l’âge du donateur au jour de l’acte, de 90 % à 10 % de la valeur du bien selon le barème de l’art. 669 du CGI.
  • Une donation de moins de 10 ans avant une demande d’aide sociale à l’hébergement (ASH) peut faire l’objet d’une récupération.
  • L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant (renouvelable tous les 15 ans) s’applique normalement à la valeur de nue-propriété transmise.

Transmettre sa résidence principale de son vivant sans devoir la quitter est possible : il suffit de donner la nue-propriété du logement en réservant l’usufruit, ce qui vous laisse le droit d’y habiter jusqu’à votre décès tout en réduisant fortement l’assiette taxable. En 2026, cette opération reste soumise à un acte notarié obligatoire et à l’abattement de 100 000 € par parent et par enfant, applicable non pas sur la valeur totale du bien mais sur la seule valeur fiscale de la nue-propriété transmise.

Pourquoi la réserve d’usufruit s’impose presque toujours

Donner sa résidence principale en pleine propriété revient à se déposséder du toit sous lequel on vit : c’est rarement l’option retenue tant que le donateur occupe encore le logement. La réserve d’usufruit règle ce problème : le donateur garde le droit d’habiter les lieux ou, s’il déménage, de les louer et d’en percevoir les loyers, jusqu’à son décès ou jusqu’à un terme fixé dans l’acte. Les enfants, nus-propriétaires, deviennent pleins propriétaires automatiquement à l’extinction de l’usufruit, sans droits supplémentaires à régler. Cette donation, qu’elle porte sur un immeuble ou qu’elle comporte une réserve d’usufruit, exige dans tous les cas un acte notarié (art. 931 du Code civil) : impossible de la réaliser par simple don manuel.

La valeur retenue dépend de votre âge

L’administration fiscale calcule la valeur taxable de la nue-propriété selon un barème fixé par tranche d’âge du donateur (art. 669 CGI) : plus la donation intervient tôt, plus la part taxable est faible.

Âge du donateurValeur usufruitValeur nue-propriété taxable
51 à 60 ans50 %50 %
61 à 70 ans40 %60 %
71 à 80 ans30 %70 %
81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 90 ans10 %90 %

Le détail complet du barème, de moins de 21 ans à plus de 90 ans, figure dans notre article sur la donation en nue-propriété.

Exemple chiffré : un couple transmet sa maison en donation-partage

Monsieur et Madame Roux, tous deux âgés de 68 ans, possèdent leur résidence principale évaluée à 300 000 €, en propriété commune (150 000 € de valeur pour chacun). Ils souhaitent la transmettre à leurs deux enfants tout en continuant à y vivre.

  • Étape 1 : à 68 ans, ils se situent dans la tranche 61-70 ans : la nue-propriété est retenue à 60 % de la valeur, soit 90 000 € pour la part de chaque parent (60 % de 150 000 €).
  • Étape 2 : par donation-partage, chaque parent répartit sa part de nue-propriété à parts égales entre les deux enfants, soit 45 000 € par enfant et par parent.
  • Étape 3 : chaque enfant reçoit ainsi 45 000 € de la part de son père et 45 000 € de la part de sa mère, soit 90 000 € de valeur de nue-propriété au total — dans les deux cas, largement sous l’abattement de 100 000 € applicable par parent et par enfant.
  • Résultat : 0 € de droits de donation, malgré une maison de 300 000 €. Seuls les frais de l’acte restent dus : environ 2 800 € d’émoluments TTC et 180 € de contribution de sécurité immobilière sur l’assiette totale de 180 000 € de nue-propriété transmise, plus des débours de quelques centaines d’euros.
  • Au décès du survivant : les enfants deviennent pleins propriétaires sans aucun droit supplémentaire.

Ce montage combine deux abattements parentaux et l’effet du démembrement : c’est la même mécanique que celle détaillée pour une maison isolée dans notre article sur la donation d’une maison de son vivant. Pour chiffrer votre propre situation, le simulateur de droits de donation applique automatiquement le barème de l’usufruit à votre âge.

Le risque à connaître : l’aide sociale à l’hébergement

Si le donateur doit un jour entrer en établissement dépendant et solliciter l’aide sociale à l’hébergement (ASH), le département peut engager une récupération sur les donations consenties dans les 10 années précédant la demande. Ce mécanisme ne remet pas en cause la donation elle-même, mais peut donner lieu à un recouvrement auprès des bénéficiaires. C’est un argument de plus pour donner tôt : au-delà de 10 ans, ce risque de récupération disparaît. Pour les questions plus larges de dépendance et de patrimoine, rapprochez-vous des services départementaux compétents.

N’oubliez pas la quotité disponible : une résidence principale donnée à un seul enfant, ou de valeur disproportionnée par rapport au reste du patrimoine, peut dépasser la part que la loi autorise à sortir de la réserve héréditaire. Consultez notre article sur la réserve héréditaire et la quotité disponible avant de figer le montage.

Les alternatives à la donation du bien lui-même

Si vous ne souhaitez pas transmettre votre logement actuel mais aider un enfant à acquérir le sien, le dispositif temporaire de l’article 790 A bis du CGI, applicable aux dons consentis jusqu’au 31 décembre 2026, exonère un don d’argent jusqu’à 100 000 € par donateur (300 000 € par bénéficiaire) affecté dans les 6 mois à l’achat d’un logement neuf ou en VEFA, ou à des travaux de rénovation énergétique de la résidence principale du bénéficiaire, sous réserve d’une conservation de 5 ans. Ce mécanisme, cumulable avec l’abattement de 100 000 € et avec le don familial de 31 865 €, est détaillé dans notre article sur l’exonération temporaire pour la résidence principale. Pour l’ensemble des règles applicables à un bien immobilier, consultez le guide de la fiscalité de la donation et le guide complet de la donation de son vivant.

Vos questions les plus fréquentes

Peut-on donner sa résidence principale tout en continuant à y vivre ?
Oui, en donnant uniquement la nue-propriété et en réservant l’usufruit : vous conservez le droit d’habiter le logement (ou de le louer) jusqu’à votre décès, et vous ne payez des droits que sur la valeur de la nue-propriété, fixée selon votre âge par le barème de l’article 669 du CGI.
Donner sa maison en gardant l’usufruit, quels sont les frais ?
La réserve d’usufruit exige un acte notarié : émoluments dégressifs de 4,931 % à 1,017 % selon les tranches de valeur (TVA 20 % en sus), plus la contribution de sécurité immobilière de 0,10 % et des débours de quelques centaines d’euros. Les droits de donation ne portent que sur la valeur fiscale de la nue-propriété, nettement inférieure à la valeur du bien.
Que se passe-t-il si je dois entrer en maison de retraite après avoir donné ma résidence principale ?
Une demande d’aide sociale à l’hébergement (ASH) peut donner lieu à une récupération sur les donations consenties dans les 10 ans qui précèdent la demande. Ce risque s’atténue avec le temps : donner tôt, bien avant d’envisager une entrée en établissement, réduit cette exposition.
La donation de la résidence principale entame-t-elle la part des autres enfants ?
Elle le peut si sa valeur dépasse la quotité disponible (la moitié du patrimoine avec un enfant, le tiers avec deux, le quart avec trois et plus) : les enfants non gratifiés peuvent alors demander une réduction au décès. Une donation-partage associant tous les héritiers, avec compensation le cas échéant, évite ce risque.
Quelle différence entre donner sa résidence principale et donner de l’argent pour en acheter une ?
Donner le logement lui-même transmet un bien existant, en pleine propriété ou en nue-propriété. Le dispositif temporaire de l’article 790 A bis du CGI, valable jusqu’au 31 décembre 2026, exonère au contraire un don d’argent jusqu’à 100 000 € par donateur (300 000 € par bénéficiaire) destiné à l’achat d’un logement neuf ou à des travaux de rénovation énergétique de la résidence principale du bénéficiaire : ce sont deux logiques différentes, la seconde ne s’applique pas à la transmission de votre propre logement.
Peut-on vendre une maison reçue en nue-propriété du vivant du donateur ?
Une vente en pleine propriété nécessite l’accord conjoint de l’usufruitier et du nu-propriétaire, puisque chacun détient un droit distinct sur le bien. Les modalités de répartition du prix et les conséquences fiscales dépendent du montage retenu ; voir notre article sur la vente d’un bien reçu en donation.

Sources et textes officiels

Informations à jour au 25 août 2026, fournies à titre général. Elles ne remplacent pas l'analyse personnalisée d'un notaire, d'un avocat ou d'un conseiller en gestion de patrimoine.