Comparatif juridique · mis à jour le 25 août 2026
Les types de donation : don manuel, donation-partage, nue-propriété, Dutreil
Le droit français connaît une dizaine de formes de donation, du simple don manuel déclaré au fisc à la donation-partage notariée qui fige les valeurs. Chaque forme répond à une intention précise : voici, pour chacune, ce qu’elle permet, ce qu’elle impose, son coût de mise en œuvre et la configuration familiale dans laquelle elle donne les meilleurs résultats.
| Forme | Acte notarié | Révocable | Coût indicatif | Effet sur l’assiette taxable | Usage de référence |
|---|---|---|---|---|---|
| Don manuel | Non, mais déclaration obligatoire | Non | Aucun émolument (formulaire 2735) | Aucun — valeur intégrale | Argent, titres, objets |
| Donation simple notariée | Obligatoire pour un immeuble | Non | Émoluments : ≈ 1 829 € TTC pour 100 000 € | Aucun | Un bien, un bénéficiaire |
| Donation-partage | Obligatoire | Non | Émoluments (mêmes taux), droit de partage le cas échéant | Aucun, mais valeurs figées | Plusieurs enfants |
| Donation avec réserve d’usufruit | Obligatoire | Non | Émoluments sur la valeur transmise | Réduite de 10 % à 90 % selon l’âge | Immobilier de rapport, résidence |
| Donation de titres — Dutreil | Recommandé | Non | Émoluments, conseil selon dossier | Abattement de 75 % de la valeur | Transmission d’entreprise |
| Don familial de somme d’argent | Non, déclaration | Non | Aucun émolument (formulaire 2735) | 31 865 € exonérés en plus | Coup de pouce ciblé |
| Donation entre époux | Obligatoire | Oui | ≈ 200 à 300 € au total | Effet au décès uniquement | Protection du conjoint |
| Donation graduelle ou résiduelle | Obligatoire | Non | Émoluments d’acte notarié | Taxation par transmission | Familles recomposées, deux rangs |
| Donation de parts de SCI | Recommandé | Non | Acte, plus fonctionnement de la SCI | Valeur des parts, dette déduite | Patrimoine immobilier progressif |
Tableau de synthèse. Le caractère obligatoire de l’acte notarié dépend de la nature du bien transmis et des clauses retenues (art. 931 C. civ.) ; les coûts sont donnés hors droits de donation, calculés après abattement selon le barème fiscal en vigueur.
En bref
- Le don manuel (argent, titres, objets) se fait sans notaire : une déclaration au fisc dans le mois suffit.
- La donation-partage fige les valeurs au jour de l’acte (art. 1078 C. civ.) et prévient les conflits entre enfants.
- La réserve d’usufruit réduit l’assiette taxable selon l’âge : 60 % seulement entre 61 et 70 ans (art. 669 CGI).
- Le pacte Dutreil exonère 75 % de la valeur des titres d’une entreprise (art. 787 B CGI).
- La donation entre époux est la seule librement révocable ; elle ne produit effet qu’au décès.
Le don manuel
Le don manuel est la remise directe d’un bien meuble — somme d’argent, titres, bijoux, véhicule — de la main à la main ou par virement, sans acte notarié. C’est la donation la plus fréquente et la plus mal exécutée. Un virement de 20 000 € à un enfant est un don manuel : il est taxable au-delà de l’abattement disponible et doit être déclaré à l’administration fiscale, dans le mois, au moyen du formulaire 2735 ou en ligne sur impots.gouv.fr. Cette déclaration n’est pas un impôt : le plus souvent, elle ne donne lieu à aucun paiement puisque l’abattement l’absorbe. Elle sert à donner une date certaine à l’opération, et donc à lancer le compteur de quinze ans.
Un don manuel non déclaré n’est pas illégal en soi, mais il est fragile : révélé lors d’un contrôle, d’un partage successoral ou d’une demande de prêt, il sera taxé selon les règles applicables au jour de sa révélation, sans le bénéfice de l’ancienneté. Dans une succession contentieuse, c’est la première pièce que les cohéritiers recherchent. À ne pas confondre avec le présent d’usage — cadeau d’occasion, proportionné au patrimoine — qui, lui, n’est ni taxable ni déclarable.
Sa limite est structurelle : le don manuel ne permet ni de répartir entre plusieurs bénéficiaires avec figement des valeurs, ni de démembrer, ni d’assortir la libéralité de charges opposables. Dès que la transmission dépasse un geste ponctuel, il faut un acte — notre article donation sans notaire trace la frontière exacte, et le guide du don manuel détaille règles et pièges.
La donation-partage
La donation-partage est l’acte notarié qui réalise en une seule opération la donation des biens et leur partage entre les bénéficiaires. Son avantage décisif est le figement des valeurs : lorsque tous les enfants participent et reçoivent un lot, les biens attribués sont évalués une fois pour toutes au jour de l’acte (art. 1078 C. civ.). La maison qui vaudra le double dans vingt ans ne créera aucune dette entre la fratrie.
Elle admet des lots inégaux, à condition qu’une soulte rétablisse l’équilibre ou que les enfants acceptent expressément l’inégalité dans la limite de la quotité disponible — le choix avance de part ou hors part reste déterminant. Elle peut intégrer des biens déjà donnés antérieurement, ce qui permet de « réincorporer » d’anciennes donations et de les sécuriser. Elle peut être conjonctive lorsque les deux parents donnent ensemble des biens communs, et transgénérationnelle lorsque des petits-enfants y sont associés avec l’accord de leurs propres parents.
Son coût est celui d’un acte notarié — mêmes émoluments qu’une donation simple, détaillés dans notre article sur les frais de notaire —, majoré le cas échéant du droit de partage sur les biens partagés. C’est un investissement : la donation-partage est l’outil qui prévient le plus efficacement les contentieux entre héritiers, et la comparaison de coût doit se faire avec le prix d’une procédure judiciaire, non avec celui d’un virement.
La donation avec réserve d’usufruit
La donation avec réserve d’usufruit consiste à donner la nue-propriété d’un bien en conservant l’usufruit : l’usage, l’habitation ou les loyers, votre vie durant. Seule la nue-propriété est taxée, selon le barème de l’article 669 du CGI lié à l’âge du donateur — à 61-70 ans, l’assiette est limitée à 60 % de la valeur du bien ; à 71-80 ans, à 70 %. Au décès, l’usufruit s’éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans droits complémentaires sur cette extinction.
C’est la technique de référence pour l’immobilier détenu par des donateurs qui vivent de leurs revenus locatifs ou occupent le logement — le cas typique de la résidence principale. Elle peut porter sur un immeuble, sur des parts de SCI ou sur un portefeuille de titres. Le partage des charges doit être précisé : l’usufruitier supporte l’entretien courant, le nu-propriétaire les grosses réparations, mais l’acte peut aménager cette répartition. Il existe aussi une variante limitée dans le temps, la donation temporaire d’usufruit, valorisée à 23 % de la pleine propriété par période de dix ans.
Deux précautions. D’abord, la vente future du bien démembré exige l’accord des deux parties, et le sort du prix — remploi, quasi-usufruit, répartition — doit être anticipé. Ensuite, le donateur qui se réserve l’usufruit d’un bien qu’il continue d’occuper doit veiller à ce que la valorisation retenue soit conforme, sous peine de rectification. Le mécanisme complet et un exemple chiffré figurent dans nos articles sur la donation avec réserve d’usufruit et la donation en nue-propriété.
La donation de titres et le pacte Dutreil
Le pacte Dutreil (art. 787 B CGI) permet de transmettre les titres d’une entreprise familiale avec une exonération de 75 % de leur valeur, sous conditions : engagement collectif de conservation de deux ans pris avant la donation, puis engagement individuel du donataire pendant quatre ans, exercice d’une fonction de direction, et activité opérationnelle de la société. Une société patrimoniale pure n’est pas éligible ; une société mixte l’est sous conditions strictes de prépondérance de l’activité.
L’exonération se combine avec l’abattement de droit commun et, lorsque la donation est consentie en pleine propriété avant les 70 ans du donateur, avec une réduction de droits supplémentaire de 50 % (art. 790 CGI). L’économie est massive, mais la contrepartie est un régime déclaratif exigeant sur plusieurs années : la rupture d’un engagement entraîne la remise en cause de l’exonération, avec intérêts de retard.
Ce sujet ne se traite jamais isolément : il faut articuler la donation avec le pacte d’associés, la rémunération du dirigeant sortant, le financement d’une éventuelle soulte entre enfants repreneurs et non repreneurs, et le calendrier de cession éventuelle. C’est le dossier type d’un avocat fiscaliste travaillant avec le conseil habituel de l’entreprise — conditions détaillées et exemple chiffré dans notre article sur le pacte Dutreil.
La protection du conjoint
La donation entre époux, dite « au dernier vivant » (art. 1094-1 C. civ.), élargit les droits du conjoint survivant : en présence d’enfants communs, elle lui permet d’opter pour l’usufruit de la totalité de la succession, pour un quart en pleine propriété plus trois quarts en usufruit, ou pour la quotité disponible ordinaire. Contrairement aux autres donations, elle est librement révocable et ne produit effet qu’au décès. Le conjoint et le partenaire de PACS étant exonérés de droits de succession, l’objectif est juridique et non fiscal : sécuriser le cadre de vie du survivant. Son coût est modeste — environ 120 € d’émoluments fixes, soit 200 à 300 € au total avec les formalités.
Attention à la coordination : une donation en pleine propriété aux enfants d’un bien occupé par le couple peut priver le survivant de sa sécurité résidentielle. L’ordre correct consiste à traiter d’abord la protection du conjoint, puis la transmission aux descendants. Les options du survivant, la comparaison avec le testament et la procédure de révocation sont détaillées dans nos articles donation entre époux et donation ou testament.
Donations graduelle, résiduelle, et parts de SCI
La donation graduelle impose au premier bénéficiaire de conserver le bien puis de le transmettre, à son décès, à un second bénéficiaire que vous avez désigné. La donation résiduelle est plus souple : le premier bénéficiaire peut disposer du bien, mais ce qui en reste revient au second. Ces clauses servent à transmettre à un enfant vulnérable tout en préservant l’avenir d’un autre, ou à faire circuler un bien de famille sur deux générations. Les deux exigent un acte notarié, et chaque transmission est taxée à son tour.
La société civile immobilière, elle, transforme un immeuble indivisible en parts divisibles. Vous apportez ou acquérez le bien via la SCI, conservez la gérance et donnez les parts par tranches successives, tous les quinze ans, en pleine propriété ou en nue-propriété. La dette de la société vient en déduction de la valeur des parts, ce qui réduit mécaniquement l’assiette taxable. En contrepartie : comptabilité, assemblées, statuts à rédiger avec soin, et une gouvernance à ne pas sous-estimer — le mode d’emploi complet figure dans notre article sur la donation de parts de SCI.
Le choix entre ces outils ne se fait pas sur catalogue. Il se fait après avoir posé votre objectif, votre horizon et la configuration de votre famille — c’est tout l’objet de notre guide complet de la donation de son vivant, et du premier entretien avec un professionnel. Pour chiffrer d’abord, utilisez le simulateur de droits de donation.
Questions fréquentes sur les types de donation
Quelle donation peut-on faire sans notaire ?
Quelle est la différence entre une donation simple et une donation-partage ?
Quel est le type de donation le plus avantageux fiscalement ?
Une donation est-elle définitive ?
Combien coûte une donation chez le notaire ?
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